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Rappels : relire les procédures de désaturation (N3) et l’accident de décompression dans les accidents de plongée (N3).

Aux débuts de la plongée, le phénomène de saturation-désaturation en azote était mal connu et trop directement associé au phénomène de compression-décompression des gaz. L’accident associé était souvent confondu avec la surpression pulmonaire, d’où son nom d’accident de décompression. Aujourd’hui, les termes exacts seraient plutôt désaturation et accident de désaturation, mais les termes historiques sont restés dans le langage courant : décompression et accident de décompression.

Les modèles de décompression

La saturation

La saturation est le phénomène d’accumulation d’une espèce (le soluté) dans un liquide (le solvant) par dissolution.

Côté soluté : en plongée, nous ne nous intéressons qu’à l’azote. L’oxygène est en effet consommé par le corps, et le dioxyde de carbone est présent en quantité trop faible pour que l’on se penche sur le phénomène.

Côté solvant : en plongée, nous étudions le phénomène au sein de tout l’organisme, dans tous ses liquides (notamment le plasma sanguin) et dans tous ses tissus (qui sont composés de cellules, remplies de liquide intracellulaire et séparées par du liquide interstitiel).

Nous avons vu au niveau 2 que la quantité maximale d’azote que l’on peut dissoudre de façon stable dans un liquide dépend de la pression partielle exercée par l’azote sur ce liquide (à température et agitation constantes) : c’est la loi de Henry.

La quantité d’azote par unité de volume dans le gaz est représentée par sa pression partielle, notée PN2, notion déjà étudiée aux niveaux précédents.

La quantité d’azote par unité de volume dans les liquides est aussi mesurée en bar (ce qui permet de la comparer à la pression partielle) : on l’appelle la tension, notée TN2.

Expérience

Prenons l’exemple d’un liquide et d’un volume d’air gazeux superposés dans un piston :

Compression du piston :

  1. A l’état initial, le liquide contient un peu d’azote dissous. La pression partielle en azote de l’air est égale à la tension en azote du liquide (PN2=TN2).
  2. Lorsque l’on comprime le piston, la pression augmente. Cela a deux conséquences. D’une part, la pression partielle en azote de l’air augmente. D’autre part, la capacité du liquide à accueillir de l’azote augmente. A ce stade, la tension en azote du liquide n’a pas encore changé, donc PN2>TN2.
  3. Progressivement, de l’azote va passer de la partie supérieure (air) à la partie inférieure (liquide) en se dissolvant. PN2 se rapproche de TN2.
  4. En laissant le piston enfoncé longtemps, la quantité maximale d’azote dissous dans le liquide à cette pression est atteinte, elle est égale à la pression partielle en azote dans le liquide : PN2=TN2. On dit que le liquide est saturé en azote.

🤔 Et si l’on continue ?

En enfonçant un peu plus le piston, la pression augmente encore. La capacité d’accueil du liquide augmente. Progressivement, de l’azote se dissout dans le liquide. En laissant le piston enfoncé longtemps, la quantité maximale d’azote dissous dans le liquide à cette pression est atteinte : le liquide est de nouveau saturé en azote. Et ainsi de suite !

Dans la loi de Henry formulée ci-dessus, on parle de quantité maximale dissoute de façon stable, car on peut forcer temporairement le liquide à absorber plus d’azote, même s’il finirait par le rejeter dès qu’il le peut. Voyons cela de plus près.

Reprenons notre piston, après l’expérience précédente :

Relâchement du piston :

  1. A l’état initial, le liquide contient beaucoup d’azote dissous. La pression partielle en azote de l’air est égale à la tension en azote du liquide (PN2=TN2).
  2. Lorsque l’on relâche légèrement le piston, la pression diminue. Cela a deux conséquences. D’une part, la pression partielle en azote dans l’air diminue. D’autre part, la capacité d’accueil en azote du liquide diminue. Pourtant, il était chargé au maximum en azote. Cet azote va donc devoir s’échapper. A ce stade, le transfert n’a pas commencé, donc PN2<TN2.
  3. Progressivement, de l’azote passe de la partie inférieure (liquide) à la partie supérieure (air). TN2 se rapproche de PN2.
  4. En laissant le piston dans cette position pendant longtemps, le surplus d’azote (par rapport à la quantité maximale que peut accueillir le liquide de façon stable à cette pression) est évacué. La tension en azote dans le liquide est égale à la pression partielle en azote dans l’air : PN2=TN2. Le liquide redevient saturé.

Différents états

Suite à ces observations, on peut donc définir plusieurs états dans le liquide :

  • à l’état de sous-saturation, la quantité d’azote dissoute dans le liquide (TN2) n’a pas atteint le maximum qu’elle pourrait atteindre de façon stable (PN2) : le liquide peut encore accueillir de l’azote (TN2<PN2),
  • à l’état de saturation (qui porte le même nom que le phénomène de saturation), la quantité d’azote dissoute dans le liquide (TN2) est à son maximum (PN2) : le liquide ne peut pas accueillir plus d’azote de façon stable (TN2=PN2),
  • à l’état de sursaturation, la quantité d’azote dissoute dans le liquide (TN2) est supérieure à la quantité maximale d’azote que le liquide peut accueillir de façon stable (PN2) : il va chercher à l’expulser (TN2>PN2).

Jusque-là, rien ne semble poser problème :

  • Dès lors que le liquide est en sous-saturation, de l’azote est transféré de l’air vers le liquide, pour ramener progressivement le liquide vers l’état de saturation.
  • Dès lors que le liquide est en sursaturation, de l’azote est transféré du liquide vers l’air, pour ramener progressivement le liquide vers l’état de saturation.

A chaque fois, ce transfert se fait à l’interface entre le liquide et la phase gazeuse, par échanges. Il n’y a pas de bulles, à ce stade.

Si maintenant la pression chute fortement, le liquide perd fortement sa capacité à stocker de l’azote. Celui-ci est présent en quantité beaucoup trop importante par rapport à ce que le liquide peut contenir : beaucoup d’azote doit s’échapper du liquide. Pour cela, il commence à passer de la forme dissoute à la forme gazeuse directement au sein du liquide – et non à l’interface, comme c’était le cas précédemment – en formant de petites bulles : on parle de dégazage anarchique.

L’état du liquide dans lequel des bulles d’azote s’y forment s’appelle l’état de sursaturation critique. De l’état de sursaturation à l’état de sursaturation critique, on bascule d’une situation calme (invisible) de transfert de l’azote à l’interface de contact air-liquide à une situation brutale (visible) d’échappement de l’azote par naissance de bulles.

Vitesse de saturation et de désaturation

La vitesse à laquelle se font ces transferts d’azote à l’interface air-liquide dépend de la différence entre la pression partielle en azote dans l’air (PN2) et la tension en azote dans le liquide (TN2).

Plus la différence entre les deux grandeurs sera importante, plus la vitesse sera importante.

Remarque : L’état de sursaturation critique, dans lequel des bulles apparaissent, donne lieu à une désaturation rapide. Mais l’inverse est faux : une désaturation rapide n’entraîne pas l’apparition de bulles. L’apparition de bulles est due à la chute de la pression absolue, tandis que la désaturation est due à la différence entre la pression partielle en azote dans l’air et la tension en azote dans le liquide. Ces deux événements peuvent être dissociés. Par exemple, si au cours de la plongée, à une certaine profondeur, on respire tout d’un coup un gaz de pression partielle en azote beaucoup plus faible que l’air (un mélange nitrox par exemple), la différence entre la pression partielle en azote dans le gaz respiré et la tension en azote dans ses tissus augmente fortement. Cela accélère la désaturation. Pourtant, cela ne provoque pas l’apparition de bulles, car le sang est toujours soumis à la même pression, et donc garde sa capacité à stocker de l’azote.

Remarque : L’apparition de bulles dans le sang est liée à :
– la capacité d’un liquide à accumuler de l’azote, qui est proportionnelle à la pression absolue (décrite par la loi de Henry),
– la non-instantanéité de l’absorption et du rejet de ce gaz (il y a un phénomène de retard, ou d’hystérésis, diront les physiciens) qui place le liquide en sursaturation lorsque l’on remonte.
Ces bulles, de tailles diverses, peuvent théoriquement déjà se coincer dans divers capillaires sanguins et obstruer la circulation. Le phénomène est amplifié par l’augmentation de leur volume lors de la remontée (décrite par la loi de Boyle-Mariotte).

Le modèle de Haldane

John Scott Haldane est un scientifique écossais spécialisé en physiologie de la respiration, qui a vécu entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Il a été un des premiers à proposer un modèle décrivant le phénomène de décompression, utilisable pour élaborer une procédure de remontée.

Le corps est composé de différents tissus et liquides, de compositions variées. Pour simplifier, on le modélise par une série de compartiments.

Remarque : Il n’y a pas de correspondance une à une entre un compartiment et un tissu spécifique du corps humain. En fait, ce sont les compartiments qui sont une modélisation permettant de prendre en compte la complexité des substances et matériaux composant le corps.

Dans ce qui suit, considérons dans un premier temps que le modèle ne comporte qu’un compartiment.

Lorsqu’il est en contact avec un gaz constitué d’une certaine pression partielle en azote, le compartiment accumule de l’azote à une certaine vitesse.

Expérimentalement, on peut constater que la vitesse de transfert de l’azote depuis un gaz vers un liquide dépend fortement de la différence entre la pression partielle en azote dans le gaz et la tension en azote dans le liquide.

On s’intéresse donc à cette différence et on définit le gradient comme la différence entre la pression partielle en azote dans le gaz respiré (PN2) et la tension en azote dans le compartiment considéré (TN2).

$$ G = P_{N2} – T_{N2} $$

Plus le gradient est fort (en valeur absolue), plus la vitesse de transfert de l’azote depuis le gaz respiré vers le compartiment est élevée. A l’inverse, lorsque le gradient est nul, il n’y a pas de transfert.

A la remontée

Au départ, en surface, la tension en azote dans le compartiment est égale à la pression partielle en azote dans le gaz respiré. Le gradient est donc nul. A la descente, la pression augmente rapidement, donc la pression partielle en azote du gaz respiré aussi. Le gradient devient donc positif.

Ensuite va commencer le transfert de l’azote du gaz vers le compartiment. Le gradient va progressivement décroître, au fur et à mesure que la tension en azote dans le compartiment augmente pour se rapprocher de la pression partielle en azote dans le gaz respiré. Au bout d’un certain temps, la valeur du gradient aura diminué de moitié. On appelle ce temps la période.

Une des hypothèses du modèle est que le temps nécessaire au gradient pour diminuer de moitié est constant. Ainsi, au bout de deux périodes, il se sera encore divisé par 2 par rapport à sa valeur précédente, soit par 4 par rapport à sa valeur initiale. Au bout de trois périodes, il se sera encore divisé par 2, soit par 8 par rapport à sa valeur initiale.

\( G( \text{1 période} ) = \frac{ G(0 ) }{ 2 } \)

\( G( \text{2 périodes} ) = \frac{ G( 0 ) }{ 4 } \)

\( G( \text{3 périodes} ) = \frac{ G( 0 ) }{ 8 } \)

🤨 Qu’est-ce que cela implique au niveau du compartiment ?

Au début, pendant la première période, le compartiment accumule rapidement de l’azote (il s’est rempli de moitié). Lors de la seconde période, il accumule l’azote plus lentement (il comble la moitié de la différence restante entre PN2 et TN2). Lors de la troisième période, il accumule l’azote encore plus lentement (il comble la moitié de la différence restante entre PN2 et TN2). Petit à petit, l’accumulation d’azote est de plus en plus lente.

Mathématiquement, on peut écrire que :

$$ T_{N2}(t)=T_{N2}(0)+G(0) \times t_{saturation}(t) $$

où :

  • \( T_{N2}(0) \) est la tension initiale en azote dans le compartiment,
  • \(G(0)\) est la valeur initiale du gradient,
  • \(t_{saturation}(t)\) est le coefficient de saturation (ou taux de saturation) du compartiment (en fonction du temps).

Le coefficient de saturation du compartiment évolue dans le temps :

  • \( t_{saturation}(\text{1 période}) = 50\% \) au bout d’une période,
  • \( t_{saturation}( \text{2 périodes} ) = 75\% \) au bout de 2 périodes (\(50\%+\frac{50\%}{2})\)),
  • \( t_{saturation}( \text{3 périodes} ) = 87,5\% \) au bout de 3 périodes (\(50\%+\frac{50\%}{2} +\frac{\frac{50\%}{2}}{2} )\)),
  • \( t_{saturation}( \text{4 périodes} ) = 93,75\% \) au bout de 4 périodes (\(50\%+\frac{50\%}{2} +\frac{\frac{50\%}{2}}{2} +\frac{\frac{\frac{50\%}{2}}{2}}{2} \) ), etc.

L’évolution de la tension en azote dans le compartiment en fonction du temps n’est donc pas linéaire : elle ralentit (son équation repose en partie sur une exponentielle).

Petit à petit, la tension en azote dans le compartiment rejoint la pression partielle en azote dans le gaz respiré, et le gradient devient quasi-nul.

A la remontée

A la remontée, la pression diminue. La pression partielle en azote dans le gaz respiré diminue. Le même phénomène se produit. On peut donc calculer le gradient, qui est la différence entre la pression partielle en azote dans le gaz respiré et la tension en azote dans le compartiment considéré (négative).

Le principe est le même qu’à la descente, mais dans l’autre sens. Initialement, le gradient est fort. Le transfert de l’azote depuis le compartiment vers le gaz respiré est rapide. On définit la période comme la durée nécessaire au gradient pour diminuer de moitié. Le modèle postule qu’au bout de la deuxième période, le gradient s’est divisé de nouveau par deux. Au bout de trois périodes, il s’est encore divisé par deux.

La tension en azote dans le compartiment diminue rapidement au début, puis sa vitesse de diminution décroît. Elle continue de diminuer, mais de moins en moins vite. A chaque période, le compartiment élimine la moitié de la différence restante entre la tension et la pression partielle.

Une des hypothèse du modèle est que le compartiment a le même comportement en charge qu’en décharge : la période citée à la descente et la même qu’à la remontée.

Le coefficient de sursaturation et le coefficient de sursaturation critique

Nous avons vu que, pour une certain niveau d’azote dissous, lorsque la pression absolue chute brutalement, le compartiment entre en sursaturation critique, phase dans laquelle des bulles peuvent s’y former pour dégager l’excédent en azote. Les deux grandeurs à comparer sont la tension en azote dans le compartiment et la pression absolue.

On définit le seuil de sursaturation critique (ou coefficient de sursaturation critique), noté \( S_{c} \), comme le rapport entre la tension en azote dans le compartiment et la pression absolue à partir duquel des bulles apparaissent :

$$ S_{c} = \frac{ T_{N2} }{ P_{ absolue, bulles } } $$

Ce seuil est propre au compartiment. Lorsqu’on le connaît, il permet de déterminer, pour une tension en azote donnée, la profondeur limite à partir de laquelle des bulles apparaissent : \( P_{ absolue, bulles } = \frac{ T_{N2} }{ S_{c} } \)

Si l’on remonte rapidement, le rapport \( \frac{ T_{N2} }{ P_{ absolue } } \) va augmenter, car \( T_{N2} \) n’a pas le temps de diminuer alors que \( { P_{ absolue } } \) diminue progressivement. On cherchera toujours à faire en sorte que ce rapport n’atteigne jamais la valeur plafond \( S_{c} \). S’arrêter en cours de remontée est une solution : dans ce cas, la pression absolue \( { P_{ absolue } } \) reste constante, tandis que la désaturation continue : \( T_{N2} \) diminue. Ainsi, le rapport \( \frac{ T_{N2} }{ P_{ absolue } } \) diminue et s’éloigne de la valeur \( S_{c} \).

Nous faisons donc un palier à une profondeur suffisamment tôt pour que ce rapport \( \frac{ T_{N2} }{ P_{ absolue } } \) ne dépasse pas \( S_{c} \).

Exemple : Descendons à 40 mètres, où la pression absolue est de 5 bars. La pression partielle en azote du gaz respiré est de \( 5 \times 80\% \) soit 4 bars. Si l’on y reste longtemps, la tension en azote \( T_{N2} \) dans le compartiment vaut presque 4 bars (elle vaut \(0,8+(4-0,8) \times 99,9\%\)). Considérons que le coefficient de sursaturation critique de notre compartiment vaut 2,5. La pression absolue correspondant au palier à effectuer sera alors \( P_{ absolue, limite } = \frac{ T_{N2} }{ S_{c} } = \frac{ 4 }{ 2,5 } =1,6 \text{ bars} \) soit un palier à une profondeur 6 mètres.

Plusieurs compartiments

Une grande période fera saturer et désaturer le compartiment lentement, tandis qu’une courte période le fera saturer et désaturer rapidement.

Pour modéliser le comportement des tissus et liquides du corps humain, composés d’une multitude de matériaux et substances, on a donc défini des compartiments de comportements différents : chaque compartiment a une période donnée, et donc saturera et désaturera à un rythme différent.

Exemple : Considérons trois compartiments, de périodes respectives 5, 10 et 15 minutes :
A la descente, au bout de 5 minutes, le compartiment de période “5 minutes” aura vu son gradient diminuer de moitié (la tension aura atteint 50% de la pression partielle), alors que les deux autres pas encore.
Au bout de 10 minutes, la tension dans le compartiment “5 minutes” aura atteint 75% de la pression partielle, alors que celle dans le compartiment “10 minutes” n’aura atteint que 50% de la pression partielle.
Au bout de 15 minutes, la tension dans le compartiment “5 minutes” aura atteint 87,5% de la pression partielle, celle dans le compartiment “10 minutes” aura atteint 75%, et celle dans le compartiment “15 minutes” aura atteint 50%.

A la descente, le compartiment de période minimale sera le premier à être saturé (c’est-à-dire, à atteindre un taux de saturation proche de 100%). Le compartiment de période maximale mettra beaucoup plus de temps à se remplir d’azote.

En remontant à une certaine profondeur, le même phénomène se produit. Le compartiment de période minimale va désaturer rapidement (c’est-à-dire que sa tension en azote vaudra presque la pression partielle en azote de l’air respiré). Le compartiment de période maximale mettra beaucoup plus de temps à désaturer : pendant longtemps, sa tension en azote restera importante.

Ce dernier compartiment est donc celui qui imposera un palier en premier, afin de poursuivre sa désaturation pendant que la pression absolue est constante. On l’appelle le compartiment directeur.

D’autres modèles de décompression

Le modèle haldanien n’est qu’un modèle parmi d’autres. Il a vu le jour au début du XXème siècle. Depuis, de nombreux modèles plus complexes ont été développés, en s’inspirant des travaux de John Scott Haldane mais aussi en intégrant des résultats d’expérimentations scientifiques in vitro et d’observations médicales sur des cas réels.

En faire la liste complète et l’analyse détaillée prendrait beaucoup de temps. Trois modèles importants peuvent être cités.

Le modèle de Bühlmann

Dans le modèle de Haldane, à un compartiment correspondait un coefficient de sursaturation critque Sc, telle une propriété intrinsèque.

Le modèle de Bühlmann complète cette vision des choses en faisant évoluer la valeur du coefficient de sursaturation critique en fonction de la pression absolue. Pour cela, il introduit la notion de M-values, qui sont une série de valeurs de la tension maximale d’azote qu’un compartiment peut emmagasiner à une certaine profondeur.

Certains ordinateurs de plongée utilisent un modèle dérivé de celui-ci, comme les Uwatec Aladin que l’on rencontre encore.

😄 Mais qui est ce Bühlmann ?

Albert A. Bühlmann était un médecin suisse de la seconde moitié du XXème siècle, qui a beaucoup travaillé sur la décompression à des fins de plongée civile et militaire. Malheureusement, son nom ne fait sourire que les plongeurs francophones.

Les modèles VPM et RGBM

Jusqu’ici, nous avions considéré que des bulles n’apparaissent dans le liquide que lorsque le rapport entre la tension en azote et la pression absolue dépasse un certain seuil, le coefficient de sursaturation critique. Avant la sursaturation critique, nous considérions que l’azote était nécessairement dissous.

En laboratoire, on peut observer que de petites bulles se forment dans le liquide dès l’état de sursaturation, sans attendre la sursaturation critique. Ces noyaux gazeux sont de taille microscopique et sont éliminés par le filtre pulmonaire lors de la circulation. Cependant, quelques-unes de ces microbulles peuvent dans certains cas s’agréger et former des bulles de taille supérieure, risquant alors de provoquer un accident de décompression.

Le modèle VPM (pour “varying permeability model”, modèle à perméabilité variable) est issu des travaux de David E. Yount et Donald C. Hoffman dès 1986. Le modèle RGBM (“reduced gradient bubble model”) a été construit par le docteur Bruce Wienke en 2002.

Ces modèles équipent aujourd’hui de nombreux ordinateurs (Mares, Suunto, Scubapro).

La gestion des procédures hétérogènes de décompression

En tant que guide de palanquée, il peut nous arriver d’encadrer des plongeurs de niveaux très différents.

Le cas des plongeurs sans ordinateur

En général, les plongeurs niveau 1 ne disposent pas encore d’ordinateur, car il ne s’agit pas d’une obligation et leur connaissance des principes de désaturation se limite au minimum permettant d’assurer leur sécurité en tant que plongeur encadré : connaissance des notions de vitesse de remontée et de palier (notamment le palier de sécurité).

Leur désaturation est donc estimée par notre ordinateur personnel. Or ce calcul n’est valable que si leur profondeur a été la même que la nôtre pendant toute la plongée. Cela a normalement été le cas grâce à la proximité entre les membres de la palanquée, ne serait-ce que pour assurer leur sécurité tout au long de la plongée.

Deux instructions habituellement données aux plongeurs encadrés sont :

  • “Ne descend pas plus profond que moi pendant la descente et la plongée.”
  • “Ne remonte pas au-dessus de moi pendant la remontée.”

Le premier point permet d’assurer que leur saturation n’est pas plus importante que la nôtre (tout au moins, dans le modèle), et le deuxième fait de même pour la désaturation.

Le cas des plongeurs avec ordinateur

En plongée encadrée, les plongeurs niveau 2 disposent la plupart du temps d’un ordinateur. D’une part, parce qu’au-delà de 20 mètres, il est équipement obligatoire du plongeur encadré. D’autre part, parce que même à moins de 20 mètres, dans les rares cas où ils plongeraient encadrés, il prendraient généralement leur ordinateur.

La même règle s’applique que lors des plongées effectuées en autonomie : les paliers de tous les plongeurs équipés d’un ordinateur doivent être respectés. La vitesse de remontée de la palanquée doit être inférieure à la vitesse d’alerte de chacun des ordinateurs.

Il faudra donc s’assurer que le plongeur encadré sait lire son appareil et que les réglages sont corrects. Il peut en effet arriver qu’un plongeur dispose d’un nouvel ordinateur dont il n’a pas encore bien étudié la notice.

Il faut se mettre d’accord avant la plongée sur la façon :

  • de communiquer les paliers (ou la durée totale de remontée) indiqués par l’ordinateur pendant l’immersion (notamment selon ce que peut afficher l’ordinateur),
  • de communiquer la durée (restante) du palier lorsque l’on y est.

Ensuite, il faut s’entraîner à lire des écrans d’ordinateur. Ceux-ci sont tous différents mais affichent généralement les informations essentielles de façon bien visible et facilement compréhensible, au moins pour un plongeur expérimenté.

Voici quelques exemples :

Illustration à venir

Le palier étonnamment long : En cours de plongée ou à l’arrivée au palier, si l’on constate avec surprise que l’ordinateur d’un des plongeurs indique des paliers beaucoup plus importants que ceux des autres plongeurs, alors que celui-ci s’est maintenu à une même profondeur que nous pendant toute l’immersion, on peut suspecter plusieurs situations. Le plongeur peut avoir manipulé son ordinateur la veille (justement pour se rappeler du fonctionnement) et l’avoir malencontreusement réglé sur la plongée au mélange nitrox, ou avoir activé un paramètre durcissant les paliers ou tout autre paramètre influençant le calcul plus légèrement (eau douce ou eau salée, altitude, etc.) Dans tous les cas, que l’on comprenne ou non le problème dans l’eau, il ne faut pas écourter le palier. Il est préférable de terminer le palier et attendre d’en discuter en surface.

Le palier étonnamment court : Lorsque l’on interroge un plongeur encadré sur la durée de palier indiquée par son ordinateur, il peut arriver qu’il réponde une durée très courte. Deux cas sont possibles : soit il s’est trompé à la lecture de son appareil, soit celui-ci est mal réglé. Il faut donc commencer par venir vérifier ce que montre l’écran, puis si le plongeur dit vrai, attendre la fin des paliers de tous les autres plongeurs.

Le palier instable : Il peut arriver qu’un plongeur encadré ait du mal à se stabiliser pendant le palier et ait tendance à remonter en surface. Le cas peut se présenter pour un palier à 3 mètres de profondeur. Si l’occasion se présente, il faudra intervenir, saisir le plongeur et l’aider à se maintenir à la profondeur de palier. Si le plongeur est remonté en surface, la situation est à traiter comme un palier interrompu. Il faudra suivre la procédure recommandée, qui consiste à redescendre au palier et le recommencer intégralement, en suivant les instructions éventuelles de l’ordinateur.

La remontée rapide : Si l’un des plongeurs ne parvient plus à maîtriser son gilet et commence à remonter rapidement, il faut intervenir et l’arrêter immédiatement. Si l’on a tardé à agir et que la remontée rapide a eu lieu sur plus de cinq mètres, il est préférable d’appliquer la procédure en cas de remontée rapide, qui consiste – sauf si l’ordinateur dispose d’une procédure spécifique – à redescendre à la moitié de la profondeur maximale atteinte et y observer un palier de 5 minutes. Ensuite, la remontée peut se produire normalement, en respectant les paliers indiqués par tous les ordinateurs.

Le palier de sécurité

Le palier de sécurité (par opposition aux paliers obligatoires) est recommandé dans le cas général.

Ne pas effectuer de palier de sécurité ne peut s’envisager que dans le cas où l’effectuer mettrait plus en danger les plongeurs que l’éviter. Il repose sur une appréciation des risques. Ce cas peut se produire par exemple :

  • lorsqu’un des plongeurs se sent mal, a très froid, montre des symptômes d’accident,
  • lorsque la houle est très forte (mais la plongée aurait pu être annulée en amont).
La décompression (N4)

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